Itw croisée Fenris / Gardel

 

Mf ng

NG : Bonjour Michaël Fenris, on se retrouve donc pour la sortie de ton nouveau roman “Le syndrome Noah” et puis aussi parce qu’on s’aime bien. Pour commencer on va tout de suite écluser les jeux de mots évidents pour se concentrer sur l’essentiel. Donc, Le Syndrôme Noah vient tout juste de sortir est-ce qu’il contient des fruits à coques ? des morceaux de joueur de tennis ? Est-ce un roman à lire avec une bouée, un joli gilet de sauvetage jaune et un sifflet ? Est-ce que Léonardo y meurt ?

MF : Bonjour Nick Gardel, alors pour répondre à ta question, on peut effectivement trouver des fruits à coques, et même des coques, des coques vides puis remplies et à nouveau vides, des petites et des grosses. Par contre jouer au tennis risque d’être un peu chiant dans les conditions du roman. Et comme tu retrouveras guère que le slip et les balles du tennisman… Sinon oui, je te conseille une bouée ça vaut mieux. Léonardo n’est pas là, il inceptionne, le traitre il m’a planté…

NG : On ne peut pas compter sur un gars qui a joué au loup dans Wall Street de toute façon. J’ai cru comprendre qu’il y avait une histoire de tas de vêtements. Tu me racontes un peu ou tu me laisses dans l’ignorance ?

MF : Non, sinon on va droit dans le mur…

NG : Celle-là était facile. En même temps je l’ai cherché en prenant un titre pareil. C’est la beauté du geste, ça passe partout et ça mène nulle part. Donc… ton roman, ça parle de quoi ?

MF: Juste après avoir lu le pitch de ton roman, je me suis dit que tous ces pauvres nudistes que tu montrais allaient avoir froid au c… quand la bise fut venue. j’ai cherché un moyen de leur trouver des fringues pas cher. Donc là ils n’ont plus qu’à se servir...

NG : Mes nudistes n’en sont pas vraiment. Ils fricotent, ils copulent, ils font ça dans la joie et l’amour du prochain. Avec une bonne dose d’illumination. Tu parlais de pitch, quand j’ai lu celui de ton livre, j’ai pensé à cette scène extraordinaire de “28 jours” avec le gars tout seul dans la ville. C’était d’ailleurs à mon goût le meilleur de tout le film, le reste sombrant quand même dans le grand guignol. Comment tu as géré l’après-découverte de la solitude planétaire ?

MF: en rédigeant cette histoire, j’ai décidé dès le départ d’y ajouter une postface pour expliquer un peu le cheminement. J’ai surtout pensé à Last Man on Earth avec Vincent Price je crois, et aussi le survivant avec Charlton Heston. Le plus difficile, c’est de se dire: qu’est-ce que moi, j’aurais fait. Mais Noah aura certaines surprises…

NG : C’est un sentiment que je connais bien. Parfois, on veut juste traiter un “classique” de la littérature et le mettre à notre sauce. Un voyage dans le temps, un amnésique etc… Et toi, ta sauce, elle est à quoi ? Plutôt ultra-réaliste scientifique, plutôt fantastique, plutôt post-apocalyptique ?

MF: Fantastique, mais j’ai tenu à mettre deux bases essentielles: scientifique et religieuse. Après, les puristes pourront hurler en me disant que j’extrapole (super Emile Victor)

NG : Ah moi pour extrapole, j’ai des références plus “Nouveau Testament” comme Super Matthieu, Méga Jean, Ultra Pierre. Mais on ne doit pas avoir la même édition de l’almanach Vermot.
Dans Feuilles, j’avais adoré ta scène déjà biblique de la montée des “eaux” dans la marina… J’avais trouvé que tu y dévoilais une parfaite maîtrise de la construction d’un récit. C’était d’une beauté vraiment évidente (rappelle-moi de te péter les doigts à la batte de baseball la prochaine fois qu’on se voit, juste comme ça pour te faire passer l’envie de recommencer). Est-ce qu’il y a une scène de cette volée dans Noah ?

MF: A moins que ce soit moi qui te les pète pour avoir écrit au moins un roman parfait comme Nevermore ou Mal placé ou Fourbi étourdi… Et encore je n’ai pas exploré Droit dans le mur… Pour répondre à ta question, il n’y a pas qu’une scène, il y en a plusieurs, dont une ou deux dont j’avoue être assez fier. Le but étant que le lecteur trouve toujours une possibilité à la fois rationnelle (ça pourrait exister…) et irrationnelle, “mystique”.

NG : pour les mystiques, il paraît que la citronnelle… Non ? Ok… C’est vrai que parfois les mots s’alignent avec une évidence qui peut nous dépasser. Pour Mal placé, je n’avais aucune idée de la fin en commençant. Enfin… J’avais un plan dicté par un album de musique, mais pas de faits concrets à mettre dedans. J’ai d’ailleurs repris ce mode de création pour Droit dans le mur. Les lecteurs ne s’en rendent pas compte, mais c’est un roman de jubilation. J’ai écrit une scène après l’autre en mettant dedans des bêtises qui me venaient sur le moment. Le tout en gardant du coin de l’oeil la vague trame que j’avais imaginé. Tu écris comment toi ? À l’instinct ? Avec un plan secret pour conquérir le monde caché dans ta base secrète au fond d’un volcan ? Sous la dictée d’un dieu vengeur à qui tu sacrifies tes peaux mortes et ta collection de coton-tiges ?

MF: Erreur, pour les mystiques il faut essayer le Magneto (Serge)... Je n’ai jamais aucun plan en fait. Une idée, j’invente les noms au fur et à mesure, je commence et je vois ce que ça donne. Parfois, j’interromps un chapitre pour continuer plus loin quand une idée me vient. Et je raccorde les morceaux ensuite. Et très rarement, l’histoire correspond à ce que j’imaginais au départ. Feuilles ne finissait pas comme ça initialement. Noah non plus.
Mon seul regret, c’est de ne pas avoir pu glisser avant toi un vigile Vosgien amateur de galinacées peintre en volets, mais on se serait demandé ce qu’il foutait à New York…

NG : Je suis admiratif… Je suis incapable d’écrire autrement que de façon linéaire. Une scène après l’autre. J’écris avec une notion cinématographique forte. Mon vigile, c’est Lino Ventura. Ce personnage est né après ma trilogie Raven, où, finalement, mon personnage subit pas mal les évènements. Je voulais une histoire où mon héros ne subirait pas et rendrait les coups. Lino (on est potes dans ma tête) était parfait pour ça. Calme, taiseux, bourru mais pas misanthrope. Juste un mec qu’il ne faut pas faire chier mais qui vous accueille avec des pâtes si vous ne venez pas lui piétiner les nougats. Comment sont tes personnages à toi ? Des potes, des pénibles qui vont en baver, des perdus dans la vie, des oubliés à la distribution des neurones ?

MF: Ah Lino ! Je parierais que tu l’as rencontré comme tes personnages, du côté de Saïgon, dans cette petit tôle aux volets rouges (tiens, des volets, je le savais bien!)... Lulu la Nantaise qu’elle s’appelait… Je m’égare. Si Feuilles est raconté à la première personne, Noah l’est du point de vue du personnage principal, mais le point commun, c’est que ce sont des gens ordinaires. Jed Lafkin est un brave type qui a passé sa vie dans la forêt, pas très dégourdi, un peu emprunté avec les femmes, qui aime ce qu’il fait et qui surtout ne veut pas d’emmerde. Noah Gibson est un peu son sosie, puisqu’il mène une existence pépère et la catastrophe va lui imposer des choix de survie. J’aime bien aussi qu’il y ait des femmes fortes dans les histoires. Sans Barbara, Noah Gibson n’est pas grand chose. J’ai simplement adouci ses traits car dans la première version écrite il y a longtemps elle était plus dure et plus froide. Dans Noah… A voir :)Après, je pense que toi et moi avons au moins ce point commun, une identité cinématographique forte. J’essaie de penser chaque chapitre comme un plan séquence de cinéma. je dois “voir” la scène, sinon je la supprime. Pour Feuilles il m’est arrivé de supprimer plusieurs chapitres parce qu’après relecture, je ne voyais plus la scène.
Mais je suis aussi admiratif de ton style parce qu’arriver à manier le ton léger que tu uses tout en écrivant des histoires sérieuses, parfois mélancoliques, ce n’est pas évident. C’est le cas pour Mal Placé empreint d’une nostalgie. Avec toujours en fond sonore cette musique des feuilletons Tv que j’adore toujours, Chapeau Melon ou Amicalement vôtre.

NG : C’est toute ma fierté, beaucoup travailler sur le mot pour qu’il paraisse léger, presque instinctif. Le style que j’utilise se veut musical, entraîné par un rythme un peu désuet, un phrasé qui reste en bouche. J’adore la formule, pas tant l’aphorisme, mais l'attelage un peu saugrenu. Les gens de ma génération aiment Audiard, mais peu se rendent compte de son génie absolu car il est de notoriété publique qu’il était dilettante. Il vivait comme il faisait parler ses personnages. Par contre, je me suis gavé de reportages où cette bande magnifique constituée par Ventura, Blier, Gabin, Brassens même parfois, apparaît. Je voudrais retrouver cette notion de l’amitié à-la-papa dans les mastications de mes personnages.
Puisqu’on en est aux compliments, j’adore le fait que ton premier roman soit franc et direct. Il n’est gâché par aucune prétention mal placée (petite pub subliminale) et pourtant le truc a du répondant, des parties de bravoure, des scènes d’anthologie qui viennent montrer que tu en as sous la pédale. Et ne va pas faire des trucs dégueus avec cette phrase !

MF: Non j’aurais pu parodier un grand, Frédéric Dard, et ajouter: “comme aurait dit Charpini”... J’aime assez le naturel finalement. Il faut que ça reste crédible aussi. Et je ne pense pas que si j’avais écrit des passages gore, ils auraient collé à Feuilles (ou aux feuilles, c’est vrai que c’est vite poisseux ces trucs-là)

NG : Il y a juste une dernière chose qui m’interpelle. Je te connais un peu dans la vie, je sais toutes les potentialités de ton esprit à rebonds. Je dois dire aussi que l’on m’a posé la même question à une époque… Vas-tu nous écrire un livre aussi drôle que tu l’es au quotidien ?

MF: Je serais assez tenté… Même si je n’ai pas ton talent (tu notes la flatterie absolument éhontée au passage, hein?). Ce que j’aimerais, c’est pouvoir aborder un peu tous les genres juste pour le fun. Si Noah est plutôt fantastique, Thérianthrope qui est un prochain sur la liste est plus ouvertement violent, sur une relecture du chaperon rouge, l’Ile a plus un côté aventure. j’adorerais écrire un vrai pulp à la Dashiell Hammett, j’en ai commencé un il faudrait que je m’y attelle. Mais un truc franchement drôle? pourquoi pas! j’ai commencé une fois une nouvelle mélangeant le fantastique, l’argot et l’humour sous la ceinture… Peut-être qu’un jour...

NG : Les gens qui s’y attellent boitent en général...Je dois dire que j’attends ça avec impatience. Bon, on se quitte bons amis ? Tu aurais un trucs à ajouter ? Sauf si c’est Saga Africa ou une pub pour Sloggi… Parce que là, ça gâcherait tout et notre interview croisée irait droit dans le mur, serait mal placée et ne vaudrait même pas la feuille pour l’imprimer. Pour syndrome, j’ai juste trouvé poitrine 26… C’est pauvre.

MF: je connaissais une fille qui s’atelait souvent. Elle s’appelait Line et se repliait dans sa coquille… Sinon, on ne peut pas se quitter, donc la question ne se pose même pas ! Autrement, tu vas voir qu’un jour on va décider de pondre quelque chose ensemble et là ça va déchirer!

NG : Les seuls rapports que j’ai avec “Line” ce sont des jeux de mots minables d’un oncle militaire qui était incapable d’aller uriner sans clamer qu’il allait secouer Line, car Line est branlable… J’ai eu une enfance malheureuse et torturée, je sais. C’est clair qu’on va finir par écrire ensemble, le monde peut commencer à trembler !!!

MF: comme disait Fernand Naudin: “il y en a qui gaspillent, il y en a qui collectent”...

NG : On ne devrait jamais quitter Montauban
.
MF c’est vrai, surtout si on s’appelle Passepartout, ça permet de voir plus loin…( Il monte au banc…)

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